Le Maroc, le grenier d’un clan

Le Maroc, le grenier d’un clan

Dans un pays où le revenu annuel par habitant ne dépasse pas les 5000 dollars (chiffres 2009), la fortune du roi est évaluée à 7,5 milliards de dollars (sources Forbes – juillet 2009). Elle est devant celle de l’émir du Qatar et du Koweït. Dans un contexte de crise pour nombre de pays, la fortune du “roi des pauvres” a doublé en cinq ans. En 2008, la dette publique marocaine a augmenté de 10% pour atteindre 20% du PIB, soit 11, 9 milliards d’euros. Le classement Forbes a placé le fils d’Hassan II en tête des riches qui ont le plus augmenté leur fortune d’année en année. Simultanément, le nombre de pauvres est estimé entre 4,5 et 5 millions, soit plus d’un million de foyer.

Le salaire minimum légal  est de 5 euros, soit 55 dirhams, sans que les syndicats ne parviennent à faire respecter cette règle dans ce pays encore féodal. Au même moment le roi touche une rémunération plus élevée que celle du président des Etats Unis. Mohamed VI a fait adopter par son parlement un salaire mensuel de 40000 euros, non imposables comme les revenus de tous les domaines royaux, avec leurs productions agricoles.

Le capitalisme monarchique

Le montant des émoluments, pensions, salaires royaux s’élèvent à 2,5 millions d’euros, qui s’ajoutent à 31 millions d’euros pour les œuvres royales, sans contrôle de qui que ce soit. Il faut ajouter encore 70 millions pour le personnel au service du roi et de sa famille. Pour le parc automobile, il faut encore que le peuple marocain cotise de ses impôts pour que l’État verse au roi 6 millions d’euro. Pour habiller le roi, il faut que l’Etat sorte 2 millions d’euro. Le coût des animaux domestiques royaux est calculé pour un montant d’un million d’euro. Les déplacements et sorties royales sont chiffrées à 38 millions d’euro. Et pour que tout le monde qui accompagne le roi dans ses déplacements soit hébergé, la facture s’élève à 1, 8 million d’euro.

A comparer le budget de l’Elysée dans une période particulièrement dépensière, en 2009, sous Nicolas Sarkozy, qui avait plus que doubler ses revenus présidentiels et considérablement augmenté les dépenses, malgré tout cela, les dépenses du roi du Maroc ont été deux fois supérieures à celle du président français, soit 228 millions d’euros contre 112,6. Cette année là, le PNB du Maroc a été de 90 milliards de dollars tandis que celui de la France a été de 2750 milliards de dollars. Le rapport mondial sur le développement humain, de source onusienne, a classé le royaume chérifien 126ème sur 177 pays.

Depuis l’intronisation de Mohamed VI, fin 1999, l’économie marocaine s’est monarchisée. On s’attendait à de véritable progrès économique et sociaux, mais l’avidité a-t-elle eu raison des intentions initiales ? Où est passée la concurrence ? Elle semble régulée selon le principe d’un seul gagnant : le réseau royal. La formule économique mise en œuvre est que quand il y en  pour deux, c’est qu’il y en aura plus pour lui ; s’il y en a pour tous, c’est encore mieux pour le roi.

Comment faire de l’argent sur les plus pauvres ?

Exemple. Une application de la devise économique a été faite sur les logements sociaux. Le roi possède une trentaine de palais et n’y va jamais que dans deux ou trois, tandis que nombre de Marocain n’ont pas de logis.

Alors qu”il s’agit de répondre aux besoins élémentaires de la population la plus pauvre, la spéculation et la corruption gonflent les profits qui conduisent aux mêmes profiteurs et culmine en haut du minaret. La richesse du Maroc, c’est le grenier (makhzen) du roi. La solidarité affichée passe à la trappe de la voracité clanique. Téléphonie, immobilier, assurances, énergie, banques, transports, distribution, tout est destiné à n’appartenir qu’à ce roi qui joue de plus en plus seul sur son morocopoly. Il a inventé le capitalisme monarchique. Tout comme les droits humains sont passés au crible des calculs d’une rentabilité immédiate, la citoyenneté est une illusion. Les sujets du roi sont des serviteurs, des employés et des clients de l’entreprise royale. Ce monarque le plus absent de la scène politique est un businessman qui possède une entreprise personnelle : le Maroc. Le patriotisme des entrepreneurs et politiciens marocains est mesuré à leur capacité à servir les intérêts du trône alaouite.

Un modèle pire que les pays du printemps arabe ?

Tandis que le voisin Libyen s’est fait lyncher pour moins que ça, le pseudo-descendant de Mahomet spécule avec l’assentiment des politiciens français. Sarkozy et Chirac, ainsi qu’un grand nombre de leurs ministres, tous ont bénéficié des largesses du roi spoliateur, séjournant régulièrement dans des résidences complaisamment mises à leur disposition. Nicolas Sarkozy a ses habitudes dans les résidences chérifiennes. Après sa mise à l’écart par l’électorat français, il a pris refuge une nouvelle fois et pendant trois semaines, dans le pays holding du roi héritier.

Dans un pays où le pouvoir spirituel et la personnification de la morale sont concentrés chez la même personne qui détient les clés de l’économie, comment envisager sérieusement que la liberté puisse être garantie ?

Dans un pays où les règles de la concurrence sont soumises à l’envie et la jalousie du roi et de ses affidés, où l’esprit d’entreprise peut se heurter aux caprices des gens du palais, l’initiative vacille au gré d’une météorologie qui empêche tout investissement sérieux, pour les grandes et les petites entreprises.

Et ce pays obtient des crédits pour mettre en place et développer la libre décision : la médiation. ONG américaines, politiciens et financiers suisses, associations anglaises, un petit monde spéculateur se bouscule pour aider à la mise en place d’un système de médiation dont on sait déjà qu’il servira des intérêts bien entendus.

Peut-être que, prévoyant comme il est, ce monarque spéculateur, a-t-il prévu un parachute doré dans le cas où il serait débarqué…

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