Que penser de la médiation étrangère en Egypte ?

Que penser de la médiation étrangère en Egypte ?

Avant l’annonce de l’échec de la médiation internationale en Egypte, j’étais en train d’écrire un article en prévoyant cette sortie inéluctable. Non, je ne suis pas équipé d’une boule réfléchissante, mais de l’évidence de la raison. La manière dont les médiations sont engagées par les intervenants américains ne laissent guère présager de sortie de crise grâce à leur entremise. Ils arrivent avec leur façon de considérer les enjeux et les intérêts, le droit et la morale, et cherchent à l’imposer. Ils y vont de leurs préconisations en public pour “restaurer la démocratie” selon leur conception. Ils ont en main le livre religieux du christianisme et ne peuvent accepter en face d’eux des laïcs. D’évidence, ils préfèrent avoir d’autres religieux, même s’ils n’ont pas le même manuel de référence. Car c’est un point que l’on oublie un peu trop souvent, la politique des Etats-Unis est associé à la bible, dans sa lecture la plus primaire, la moins conciliante, la plus violente.

Que se passe-t-il en Egypte ?

Le nouveau gouvernement égyptien a insisté pour dire que les manifestations organisées par les intégristes musulmans n’étaient pas pacifiques, avec des témoignages précis et des dénonciations par Amnesty-International (Le Figaro du 8 Août). Il a indiqué qu’il y avait des préparatifs d’agression sur Israël (avérés – L’Express du 10 août). Mais les émissaires américains exigeait le rétablissement de Mohamed Morsi, démis parce que considéré comme faisant déraper l’Egypte vers une dictature religieuse.

C’était une médiation ? Pourtant, le nouveau gouvernement égyptien, soutenu par l’armée, s’était engagé à la tenue d’élection dans les six mois. L’intervention américaine s’est faite avec le risque d’encourager les hostilités par leur soutien manifeste au camp des “Frères musulmans”.

A encourager l’islamisation, il est à craindre que l’Egypte brûle sur le bûcher de la religion, comme la Syrie, et qu’il faudra attendre longtemps pour que l’humanité du Moyen-Orient trouve les marques d’une civilisation pacifique.

Qui sont les “médiateurs” américains ?

Les deux médiateurs américains ont été Lindsey Graham et John McCain. Il s’agit deux conservateurs notoires dont le deuxième s’est fait connaître mondialement lors des élections présidentielles de 2008 contre Barak Obama. Un genre de footballeurs qui prennent tout pour des ballons. Ces deux tiers ont adopté des positions nettement contre le nouveau gouvernement égyptien. Ils ont déclaré qu’ils considéraient “l’éviction de Mohamed Morsi comme un coup d’Etat militaire, suscitant un tollé dans la presse égyptienne (Les échos du 7/08). Le président égyptien Adly Mansour a immédiatement dénoncé ces propos comme une “ingérence inacceptable dans la politique intérieure” de l’Egypte.

Le ton était donné. La médiation est à peine engagée que déjà les médiateurs se sont disqualifiés. Voulaient-ils vraiment conduire une médiation ? N’ont-ils pas saboté la médiation internationale ? Ils ont creusé l’écart. C’est vrai qu’il était probablement inconséquent de confier une telle mission à des politiciens connus pour avoir un tel souci de médiatisation. Tout le monde sait qui ils sont, tout le monde sait ce qui se dit ici et là, tout le monde sait ce qu’ils pensent et tout le monde devra se dire que la médiation a échoué parce que les deux camps étaient de mauvaise volonté.

On peut lire l’intitulé du communiqué de l’AFP qui est éloquent dans la définition des responsabilités quant à l’échec : “Le gouvernement intérimaire a douché les espoirs de la communauté internationale de voir éclore un compromis entre pro et anti-Morsi.

Finalement, ces médiations politique à l’américaine sont aussi peu convaincantes que la méthode de Maître Jacques.

Y aurait-il une alternative à l’américaine ?

En français, une alternative, c’est deux choix. Si on parle d’alternative dans la langue de Molière, on parle de deux manières d’aborder une thématique. Exemple, on se demande quelle est l’alternative d’approche des différends et je vous répond : “il existe la voie de adversité et la voie de l’altérité“. C’est une alternative avec deux manières d’envisager le règlement des conflits : soit en le gère (adversité), soit on le résout (altérité). Cette définition implique qu’on remonte à la source pour identifier ce qui fait l’alternative.

Dans la langue de F. Scott K. Fitzgerald, le terme d’alternative signifie qu’il existe une série d’autres possibilités  non officielles (ou au moins une), mais qu’elles reposent toutes sur un même ordre moral (droit, religieux, idéologie tout compris). IL en va ainsi des ADR qui comprennent autant la négociation selon les intérêts que l’arbitrage (justice privée) ou la médiation (mi chemin entre la morale et le droit).  L’alternative est définie dans l’immédiateté, par rapport à une situation sans recherche, voire en négation de lien de causalité.

Il ne s’agit pas d’aider les partie à trouver une issue, leur issue, mais de faire avancer les représentations américaines. Une bonne fois, il s’agirait de tirer les conséquences de ces deux conceptions. Il conviendrait plus sûrement de disqualifier les émissaires américains, en tant que partie prenante, lorsqu’il s’agit de conduire des médiations dont l’objet est de permettre à des protagonistes de retrouver ou de trouver un terrain d’entente.

 

 

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