Archives mensuelles - février 2012

The Artist – un film politiquement engagé, muet, à regarder les yeux bandés

La télévision a servi quantité d’émissions sur son propre sujet. Des sociétés de production ont élaboré des programmes sur l’histoire de la télé, les gens de la télé, les enfants des gens de la télé, les critiques de la télé. La complaisance, l’autosatisfaction, et les congratulations entre animateurs ont toujours été au rendez-vous cathodique. Le cinéma, lui, semblait menacé. Il était promis à disparaître avec toutes les chaînes du petit écran et puis non. Et il devait être mis à mal avec les DVD, et puis non. Les devins avaient annoncé le pire avec l’apparition d’internet. La télé et le ciné devaient couler. Et puis non. Tout a commencé avec une image animée et des sous-titres. De grands coups de gong, un pianiste qui jouait au marteau. C’était le début du cinéma. Il était muet. Vous vous souvenez. Parmi les plus anciens, on a tous vu Charly Chaplin, ou Laurel et Hardy… Il y avait aussi une fille aux grands yeux qui jouait le rôle sois belle et tais toi. En 2012, un film français, insistons, avec un titre anglais qu'on comprend sans mal, est consacré à Hollywood. La presse française tonne la fierté. Une goutte de nostalgie aurait rempli l’encrier de la critique. Michel Hazanavicius, le scénariste, aurait-il farfouillé dans l’ADN du cinéma pour nous entraîner dans le monde de la bobine ? Le film est en noir et blanc, dans un style petite moustache et robe à frou-frou des années 1930. Dans les périodes de crise, le monde des paillettes anime la légèreté. Le romantisme sert le scénario avec son moment dramatique. Il ne faudrait voir que cela, comme s'il ne fallait surtout pas regarder l'implicite. L’histoire fonctionne sur une routine américaine. Le film reprend la trame du film musical américain Une Etoile est née primée en 1937 : un film avec plein de clichés qui fonctionne avec des longueurs. Adieu le film célébré comme une œuvre française. Un homme, une femme, un chien, un policier un peu lourd, mais courageux sauveteur, une mémère qui ne frappe pas de son parapluie sur le policier. Le premier est égocentrique, pyromane et alcoolo dans ses moments de déprime. La seconde est dévouée, jolie et attentionnée. Elle aime mais ne le sait pas vraiment et lui non plus. Elle fait son petit bout de femme de chemin. Lui, c’est un coincé du changement, un inadapté de l’évolution technologique, mais au combien sympathique. Elle, c’est un rire cristallin. Et puis il ne faut pas oublier le chauffeur. Il ne faudrait pas regarder l'implicite. Le fidèle employé qui n’a d’ambition que celle de rester fidèle à son patron. Comme le chien à son maître. Le même. Un film qui fonctionne, avec des clichés qu’il fait bon de sortir dans une période de crises. Tout va bien, c’est Hollywood qui consacre le scénario de la vie publique. Il s’agit d’un film d’un libéralisme politique et économique qui ne peut que faire plaisir aux chantres d’un capitalisme irrespectueux. La solidarité est absente dans le modèle social trimbalé dans ce film. Lorsque l’Artist sombre, plus personne n’est là. Tout le monde est navré. Il est fini. La solidarité est la grande absente. Le patron doit chasser son valet pour le libérer de sa dépendance. Ha, ces salariés avec leur mentalité d'esclave ! D’une morale douteuse, le bon patron compense l'année sans salaire par un licenciement indemnisé avec la belle voiture. Heureusement, dans ce monde d’adversité, d’abandon, d’indifférence, il y a l’amour. Une femme amoureuse. Une femme moderne, entreprenante, fidèle, attentionnée. La Femme. Les ingrédients sont là, difficiles à critiquer, mais bien méprisants pour ce qui fonde le ciment social. On est en Amérique : chacun pour soi et compte sur la chance, pas sur le contrat social. Ce n'est pas le sujet. On est ici dans la légèreté. Il ne faut surtout pas regarder l'implicite. Muet, ce film est à regarder les yeux bandés.
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Marine Lepen sur les chemins de la reconversion

Voter Marine Lepen ? L'extrême droite française va devoir se trouver un autre leader. L'héritière du Front National a essuyé deux salves médiatiques en peu de jours. D'abord Nicolas Bedos a sorti son verbe acerbe, de type potache, jonglant avec un style Stéphane Berne et un ton à la Stéphane Guillon. Le sourire amical que, sur le registre enfants de célébrités, le fils Bedos s'est appliqué à attribuer à la fille Lepen s'est successivement pincé et outré. Les saillies se succédaient en litanie délirante. Au final, la proposition imaginaire qu'il lui a faite, en qualifiant son physique de passablement passable, était plus du secours que de l'indécence. . Puis, ce n'était pas une première, ce fut Jean-Luc Mélenchon qui s'amusa de Marine Lepen. Si l'occasion médiatique a été mal exploitée, par l'un et par l'autre en période de débat d'idées, la navrance a été au rendez-vous. D'évidence, Jean-Luc Mélenchon ne pourra rien retirer de cette émission. Concernant Marine Lepen, paradoxe des limites de conscience de la chef du parti paternel, elle s'est montrée en quête de reconnaissance de celui qu'elle dénonçait. Elle attendait des excuses tout en se hissant sur le monticule illusoire des sondages pour mépriser son interlocuteur. Certes, moins qu'ailleurs en politique, le ridicule ne tue pas. Marine va devoir penser à une reconversion. La contestation ne manquera pas de s'élever, plus haut encore que la voix actuellement inaudible de Carl Lang, après les élections, ce qui va entraîner pour tous ces politiques un retour à une réalité moins médiatique. Les acteurs de cette comédie seront bien moins sollicités et, par conséquent, la survie de leur leadership sera sous forte perfusion de capacité d'influence. Nicolas Bedos pourrait bien avoir raison sur un point : Marine Lepen est plus banale que son père, et les raisons de voter pour elle sont aussi peu probantes que pour lui. Mais celui qui pourrait la remplacer ne serait-il pas plus fanatique, devant affirmer plus fortement et vertement son leadership ? A voir... Il reste à Marine Lepen de revenir au barreau de Paris, où elle pourra exercer tranquillement sa profession d'avocate.
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Referendun sur le chômage : salauds de pauvres !

Le discours selon lequel si le pays va mal, ça serait de la faute aux immigrés et aux chômeurs est une rengaine digne du film de Claude Autant Lara, La traversée de Paris, qui faisait pester les trafiquants contre "ces salauds de pauvres". Ceux qui trafiquent les influences comme l'équipée Bourvil et Gabin trafiquait la charcuterie, crient d'autant plus fort qu'ils veulent détourner l'attention. L'exercice a déjà été fait par Laurent Wauquiez avec sa tirade sur le RSA. Juppé, dont chacun connait l'intégrité, avait lui-même lancé une offensive contre les bénéficiaires du RMI. Xavier Bertrand a ajouté à la copie. Nicolas Sarkozy a repris le sujet, oublieux des affaires qui l'entourent, pour s'en prendre à ceux qui volent les Français. C'est une stratégie connue dans les rapports conflictuels. Les professionnels ne tombent pas dans ce piège. Mais la plupart des gens se font berner : celui qui crie fort attire l'attention et l'autre étant pétrifié, il poursuit son discours accusateur qui détourne les regards de ses propres méfaits. Les bonimenteurs de foire usaient de ce stratagème, ainsi que les joueurs de bonneteau. Ainsi en va-t-il de cette proposition de referendum concernant les demandeurs d'emploi. Un referendum liberticide Il paraîtrait que plus de 60 % des français y seraient favorables. Mais à ce que je pointe ci-dessus, s'ajoute le fait qu'il s'agit d'une mesure liberticide. Facile de dire qu'il y a des personnes qui profitent d'un système. Facile quand on est au pouvoir et que l'on a profité de nombre d'abus de bien sociaux, de détournements financiers, de financements illicites pour se faire élire et se maintenir aux postes du pouvoir. L'anneau de Gygé circule chez les héritiers du cercle Pasqua. Il s'agirait d'une atteinte grave à la liberté et au droit à la protection sociale. Ce type de mesure est totalement démagogique. Commençons par taxer les bénéfices inadmissibles des sociétés de téléphonie, de l'eau, de l'électricité, du gaz... Faisons revenir l'argent des services abusivement privatisés. Faisons revenir l'argent des banques. Les caisses de l'Etat se réapprovisionneront et la solidarité nationale avec les personnes en difficulté ne sera pas à remettre en cause.      
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Inculture et égocentrisme de campagne

Voici quelques jours Claude Guéant a fait un étalage d'inculture dans sa conception de la civilisation. Dans le creux de son cynisme, il a exhibé une xénophobie de circonstance en vue des élections présidentielles. Dans la foulée, le président sortant, Nicolas Sarkozy, affiche son autosuffisance à la une des kiosques à journaux, sur les publicités de son journal de campagne, le Figaro. Faut-il être imbu pour ne pas constater le sens de ce que l'on communique dans une pareille perspective ? Le candidat président qui fait campagne sans se déclarer si bien qu'il fait payer ses interventions aux contribuables, affiche une position physique des plus prétentieuses. Voyons cela. Si l'on adopte la position du penseur de Rodin, inévitablement, la posture nous impose une orientation de la pensée vers le sens de la vie, voire sa finalité. Prenons celle que présente Nicolas Sarkozy et immédiatement l'idée qui s'impose en soi est l'auto-référence. La personne dans cette position ne pense pas aux autres. Elle ne pense qu'à elle. Elle a introduit son pouce droit dans sa main gauche. Un compte à peine caché. Mais quoi qu'il en soit, pour elle, il n'y a qu'elle qui compte. Elle compte : un. Sans aucun doute, son compte est bon. Pourrait-il être meilleur ? A voir si d'autres s'en charge, mais elle se présente, ne laissant en réalité aucun autre choix : c'est elle qui décide. Elle montre une position de retrait vis-à-vis d'autrui. Personne d'autre ne compte pour elle. C'est elle qui dit. Elle qui raconte, quitte à se la raconter, car cette position est bien moins une marque d'introspection que d'une assurance d'autosuffisance. Ainsi, l'affiche est plus claire que les mots qui l'accompagnent. Ce n'est toujours pas un programme politique pour les autres qui est proposé par Nicolas Sarkozy. C'est un programme selon sa conception des choses. Il ne tient pas compte de la réalité de ceux qui sont susceptibles d'attendre quelque chose de la direction du pays. A suivre donc ce nouveau conte de campagne...  
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